
Climatiser un open space en Île-de-France : zones chaudes, courants d'air et plaintes des salariés
L'équipe Proclimo
29 oct. 2026 - 09 min de lecture
« Nous avons un plateau de 420 m² à Issy-les-Moulineaux, 38 postes, quatre cassettes au plafond et deux gainables. En juillet, les six personnes assises le long des baies vitrées étaient à 29 °C ; celles du milieu travaillaient en polaire avec un radiateur d'appoint sous le bureau. Le mainteneur est passé trois fois, il nous dit que les machines fonctionnent. Et il a raison : elles fonctionnent. »
Cet appel-là, nous le recevons de la part d'office managers, de DRH et de gérants de TPE, en juillet comme en janvier. Et c'est l'un des rares cas où le diagnostic ne porte pas sur une panne. Sur un plateau tertiaire, le problème n'est quasiment jamais la puissance installée : c'est la façon dont elle est répartie, pilotée et mesurée.
Un open space concentre en effet quatre contraintes que l'appartement ne connaît pas : des apports solaires très inégaux d'un bout du plateau à l'autre, des apports internes énormes et variables (corps, écrans, éclairage), des cloisonnements amovibles qui bougent à chaque réorganisation, et une sensibilité humaine au courant d'air qui n'a rien à voir avec la température moyenne affichée sur une sonde.
Cet article décrit ce que nous constatons concrètement dans les plateaux de bureaux de Paris Rive Gauche, d'Issy, Montrouge, Saint-Denis, Nanterre et des parcs d'activité de Massy et Vélizy : pourquoi les plaintes sont toujours asymétriques, quelles corrections produisent un effet réel, et les ordres de grandeur budgétaires en 2026.

Pourquoi un plateau ne se climatise pas comme un logement
Les apports internes pèsent autant que le soleil
Dans un appartement, l'occupation est faible et intermittente. Sur un plateau, elle est massive et concentrée aux mêmes heures.
Les ordres de grandeur retenus dans la pratique du génie climatique, cohérents avec les documents de l'ADEME et les guides du CSTB sur les bâtiments tertiaires :
| Source d'apport | Puissance dégagée (ordre de grandeur) |
|---|---|
| Une personne en activité de bureau | 80 à 120 W |
| Un poste informatique (PC + écran) | 80 à 200 W |
| Une imprimante multifonction en service | 300 à 800 W par pics |
| Éclairage LED | 6 à 10 W/m² |
| Éclairage fluorescent ancien | 15 à 25 W/m² |
Sur 38 postes, les seules personnes et machines représentent déjà 6 à 10 kW d'apports permanents de 9 h à 18 h, avant même de parler du soleil. C'est pour cela qu'un plateau exposé nord peut avoir besoin de froid en février quand la salle de réunion voisine, vide, demande du chauffage.
Cette simultanéité chaud/froid est le vrai sujet du tertiaire. Elle n'existe presque jamais en logement, et elle détermine le type de système à installer.
La façade crée deux bâtiments dans un seul
Un plateau traversant, c'est en réalité deux zones thermiques très différentes :
- La zone périphérique (3 à 5 m depuis les vitrages) : soumise au rayonnement solaire, aux déperditions d'hiver, aux variations rapides. En été, un vitrage sud non protégé peut apporter 300 à 500 W par m² de surface vitrée.
- La zone centrale : pratiquement insensible à l'extérieur, pilotée uniquement par les apports internes. Elle a besoin de froid presque toute l'année.
Si les deux zones sont pilotées par la même sonde, une seule des deux sera confortable. Toujours. Et comme la sonde de reprise se trouve en général au plafond, au centre du plateau, c'est la zone périphérique qui est sacrifiée.
Le symptôme typique : « la clim tourne à fond, les gens près des fenêtres ont chaud, ceux du milieu ont froid ». Ce n'est pas une contradiction, c'est la signature d'un défaut de zonage.
Les plaintes des salariés : ce qu'elles disent vraiment
Dans notre expérience, les remontées se classent en quatre familles, et chacune a une cause technique distincte.
1. « J'ai un courant d'air froid sur la nuque »
C'est la plainte n°1, et elle n'est presque jamais une question de température. L'INRS rappelle dans ses dossiers sur l'ambiance thermique au travail que l'inconfort local (courant d'air, asymétrie de rayonnement, pieds froids) peut rendre pénible une ambiance pourtant correcte en moyenne.
Les repères usuels, issus des pratiques de conception tertiaire :
- vitesse d'air au niveau de l'occupant : idéalement inférieure à 0,20 m/s en été, 0,15 m/s en hiver ;
- écart entre l'air soufflé et l'air ambiant : 8 à 11 °C maximum en froid.
Causes concrètes que nous trouvons sur site :
- une cassette 4 voies installée au-dessus d'un poste de travail au lieu d'une circulation ;
- des déflecteurs bloqués en position basse après un réglage « pour mieux sentir le froid » ;
- un débit de soufflage maintenu en grande vitesse 24 h/24 parce que la télécommande a été verrouillée.
Les corrections sont souvent très peu coûteuses : repositionner les volets, installer des déflecteurs pour bouche de climatisation sur les cassettes qui tombent sur un bureau, redescendre le ventilateur en vitesse auto, ou déplacer deux postes de travail. Avant d'engager des travaux, un simple anémomètre à fil chaud posé au niveau des épaules tranche le débat en dix minutes.
2. « Il fait 26 °C mais on étouffe »
Là, le coupable est l'humidité ou le renouvellement d'air, pas la température. Un plateau dense dont la centrale de traitement d'air est en débit minimum pour « économiser » accumule du CO₂ et de la vapeur d'eau.
Les seuils de référence :
- humidité relative confortable : 40 à 60 % ;
- concentration de CO₂ : l'ANSES et le Haut Conseil de la santé publique considèrent qu'au-delà de 800 à 1 000 ppm, la ventilation est insuffisante au regard de l'occupation.
Un capteur de CO2 pour bureau posé en zone centrale pendant une semaine objective immédiatement le sujet et évite des mois de discussions. Quand la courbe monte à 1 400 ppm à 11 h et retombe à l'heure du déjeuner, ce n'est pas la climatisation qu'il faut changer : c'est le débit d'air neuf. Nous avons détaillé cette articulation entre rafraîchissement et ventilation dans notre article sur le rôle respectif de la clim et de la VMC face à l'humidité.
3. « Ça sent le renfermé le lundi matin »
Odeur caractéristique d'un échangeur encrassé ou d'un bac à condensats stagnant pendant le week-end, où la ventilation est coupée. Sur un plateau, c'est aussi un sujet d'image : un candidat qui visite vos locaux le lundi matin s'en souvient.
Le traitement relève d'un nettoyage et d'une désinfection professionnels, pas d'un désodorisant. Le mécanisme est exactement le même qu'en logement : nous l'avons décrit dans notre article sur les odeurs de moisi, d'égout ou de vinaigre sortant d'une clim.
4. « Chacun bidouille son réglage »
Sur les plateaux à télécommandes multiples, nous trouvons régulièrement trois machines en froid à 19 °C et une en chaud à 25 °C sur le même volume. Le résultat : des machines qui se combattent, une facture d'électricité qui explose et un inconfort général.

Ce que dit la réglementation en 2026
Trois textes encadrent le sujet côté employeur et côté exploitation.
Le Code du travail n'impose pas de température maximale dans les bureaux. Il impose en revanche à l'employeur (articles L. 4121-1 et suivants) d'évaluer les risques et de prendre les mesures nécessaires, et prévoit depuis le décret du 27 juin 2025 relatif à la prévention des risques liés à la chaleur des obligations renforcées en épisode de chaleur intense : évaluation, adaptation de l'organisation, mise à disposition d'eau, information des salariés. Nous avons détaillé ces obligations dans notre article sur le décret chaleur et les nouvelles obligations de l'employeur.
Le décret 2020-912 impose l'entretien annuel des systèmes de climatisation et de pompe à chaleur réversible de puissance comprise entre 4 et 70 kW, par un professionnel, avec remise d'une attestation. Sur un plateau équipé de plusieurs splits et cassettes, le seuil est atteint sans difficulté.
Le décret BACS impose, pour les bâtiments tertiaires dont les systèmes CVC dépassent 70 kW, un système d'automatisation et de contrôle. C'est précisément l'outil qui résout les problèmes de zonage décrits plus haut : nous l'avons traité dans notre article sur la GTB classe A obligatoire dans le tertiaire.
Enfin, l'arrêté du 22 juillet 2022 relatif aux consignes de température dans les locaux fixe 26 °C comme consigne basse de refroidissement en période estivale dans les bâtiments tertiaires — une valeur qui, bien appliquée avec une bonne vitesse d'air, est confortable, et qui, mal appliquée avec un soufflage direct, est insupportable.
Les corrections qui marchent vraiment
Niveau 1 : les réglages (0 à 800 €)
C'est par là qu'il faut commencer, et dans 40 % des plateaux que nous auditons, cela suffit à faire tomber les plaintes.
- Verrouiller les consignes sur une plage étroite (par exemple 24-26 °C en froid, 19-21 °C en chaud) et retirer les télécommandes individuelles.
- Repasser les ventilateurs en mode automatique.
- Réorienter les déflecteurs loin des postes de travail.
- Déplacer la sonde de reprise ou utiliser une sonde murale déportée en zone représentative.
- Caler les horloges sur les heures réelles d'occupation, pré-refroidissement compris.
Niveau 2 : traiter la façade avant la machine (1 500 à 12 000 €)
Sur un plateau sud ou ouest, aucun système ne gagnera contre un vitrage non protégé. Les apports solaires s'arrêtent dehors, pas dedans.
- Stores extérieurs ou brise-soleil orientables : la solution la plus efficace, mais souvent soumise à l'accord du bailleur et de la copropriété.
- Film solaire pour vitrage appliqué en intérieur : rejet solaire de 50 à 75 % selon les références, pose en une journée sur un plateau moyen, réversible en fin de bail. C'est très souvent le meilleur rapport efficacité/contrainte dans un bureau loué.
- Stores intérieurs à toile technique : utiles contre l'éblouissement, nettement moins efficaces thermiquement.
Le principe est le même que celui que nous détaillons pour le logement dans notre article sur la synergie entre isolation et climatisation.
Niveau 3 : rezoner l'installation (4 000 à 25 000 €)
Quand les réglages ne suffisent pas, il faut séparer physiquement ce qui est thermiquement différent.
- Passage d'un multi-split « tout sur une télécommande » à des groupes distincts périphérie / cœur de plateau.
- Ajout de registres motorisés sur un réseau gainable existant, avec sondes par zone.
- Sur les grands plateaux, systèmes à récupération d'énergie capables de chauffer une salle de réunion pendant qu'ils refroidissent le cœur du plateau.
- Reprise du réseau aéraulique : allonger une gaine, ajouter des bouches, réduire les vitesses de soufflage.
Pour les salles de réunion, souvent les pires locaux d'un plateau (12 personnes dans 20 m² sans fenêtre), nous recommandons une machine dédiée avec sonde de présence : c'est la seule façon d'éviter l'alternance frigo/étuve.
Niveau 4 : remplacer (à partir de 12 000 € pour un plateau moyen)
Le remplacement se justifie quand l'installation est en R410A, que les pannes se répètent et que l'architecture même du réseau interdit tout zonage. Les critères d'arbitrage sont les mêmes que pour un logement vieillissant : nous les avons posés dans notre article sur la décision réparer ou remplacer une clim de plus de dix ans.
Le volet humain : objectiver avant d'arbitrer
La difficulté d'un open space, c'est qu'il n'existe pas de température qui convienne à tout le monde. Les travaux sur le confort thermique montrent qu'avec une ambiance parfaitement conforme, on conserve toujours une part d'occupants insatisfaits.
Ce qui fonctionne, dans les entreprises que nous suivons :
- Mesurer avant de discuter. Trois ou quatre thermomètres hygromètres connectés répartis sur le plateau, relevés sur deux semaines, suppriment l'essentiel des débats. Les écarts de 4 à 6 °C entre deux zones apparaissent noir sur blanc.
- Afficher la consigne. Un plateau où la règle est écrite (« 25 °C en été, ventilation auto, télécommandes centralisées ») génère beaucoup moins de conflits qu'un plateau où chacun suppose que son voisin a touché au réglage.
- Traiter les cas individuels individuellement. Un poste exposé qui ne peut pas être déplacé se traite avec un store, un déport de bouche, ou à défaut un ventilateur de bureau silencieux — infiniment moins coûteux et moins conflictuel que de baisser la consigne générale de 2 °C.
- Tracer les interventions. Le carnet d'entretien et les attestations annuelles servent aussi, en cas de litige avec un salarié ou un bailleur, à démontrer que l'installation est suivie.
Ordres de grandeur budgétaires 2026
| Prestation | Fourchette observée en Île-de-France |
|---|---|
| Audit de confort sur plateau (mesures + rapport) | 450 à 1 200 € |
| Reprise des réglages et centralisation des commandes | 300 à 1 500 € |
| Nettoyage-désinfection de 4 à 6 cassettes | 600 à 1 400 € |
| Contrat d'entretien annuel, plateau de 300 à 500 m² | 700 à 2 000 €/an |
| Film solaire sur 40 m² de vitrage | 1 800 à 3 500 € |
| Ajout de registres motorisés et sondes de zone | 3 000 à 9 000 € |
| Machine dédiée pour salle de réunion | 2 500 à 5 000 € |
Ces fourchettes supposent un accès normal aux plafonds et une intervention en journée. Les travaux en soirée ou le week-end, fréquents pour éviter d'arrêter l'activité, majorent généralement la main-d'œuvre de 30 à 50 %.
Ce que nous regardons lors d'une visite de plateau
Pour un gestionnaire qui veut préparer la visite, voici les points qui déterminent le diagnostic :
- plan des postes à jour, avec orientation des façades ;
- nature et surface des vitrages, protections solaires existantes ;
- marque, modèle et année des unités intérieures et extérieures, fluide utilisé ;
- position exacte des bouches par rapport aux postes ;
- emplacement des sondes et liste des points de commande ;
- existence d'une ventilation mécanique et d'un débit d'air neuf mesurable ;
- historique des pannes et dernières attestations d'entretien ;
- clauses du bail sur les équipements et sur la façade.
Avec ces éléments, un audit se tient en une demi-journée et débouche sur un plan hiérarchisé : d'abord ce qui est gratuit, ensuite ce qui est rentable, en dernier ce qui est lourd.
En résumé
Un open space inconfortable n'est presque jamais sous-dimensionné : il est mal zoné, mal soufflé ou mal ventilé. La bonne séquence consiste à mesurer, corriger les réglages et le soufflage, protéger la façade, puis seulement rezoner ou remplacer. Dans cet ordre, la dépense est contenue et les plaintes tombent vite.
Si votre plateau cumule des zones à 29 °C et des salariés en polaire, un audit de confort est le point de départ le plus rentable. Nos techniciens interviennent sur Paris et toute l'Île-de-France : prenez rendez-vous en ligne ou passez par notre formulaire de contact pour décrire votre configuration.
Besoin d'une solution de climatisation ?


